27/01/2012

la grève pour rire !


A force de pleurer, la Belgique découvre une grève pour rire.

Il est vrai que depuis la mort de notre "Bon Roi Baudouin", nous n'avions plus connu de liesse nationale. Justine parfois nous y amenait presque. Clijsters à Melbourne a failli la rééditer. Et puis, patatras, raté, éliminée !
La grève DEVRA DONC avoir lieu.

La grève pour rien.
La grève contre tout.

La grève des esclaves contre ceux qui les enchaînent et les jettent aux lions ? Non !
La grève des esclaves hommes, femmes et enfants, exploités jusqu'à non-vie par l'industrie bourgeoise ? Non !

La grève des "pas trop nantis" qui ont perdu l'habitude de faire avec, même quand le budget est plus serré ? Oui !
La grève des manipulés du confort pour qui le Paradis sur Terre rime avec ne plus travailler ? Oui !
La grève des démocrates indignés qui s'opposent à la non-démocratie ? Oui !
La grève des déprimés par les alarmismes manipulatoires qui de toutes parts les assaillent ? Oui !

La grève des indignés donc qui tous en ont ras le bol. Chacun pour une raison différente, et à défaut, par sympathie pour les grévistes !
La grève des spoliés et cocus qui réclament justice revancharde "à chacun sont tour".
La grève par le terrorisme "moralement propre" (?) qui consiste à prendre pour otages - sans verser de sang il s'entend (ouf !) - un maximum de collègues et autres concitoyens d'opinion différente ... ou pire : qui sont dans l'impossibilité de s'offrir une journée sans travail.

Tout cela pourquoi ? Parce qu'ils ne savent pas encore !
Parce qu'ils n'ont pas encore compris que notre Pays avec d'autres est en guerre, en guerre mondiale d'un type nouveau, où l'ennemi commun est le gangstérisme du multinational-capitalisme.

Aucune guerre n'est bonne, et la déclarer est lourde responsabilité puisque entrer en guerre implique d'emblée coût, bosses et pertes. Devoir monter en ligne pour sauver notre démocratie, ou capituler pour ensuite devenir collabo ou esclave ? Voilà le véritable enjeu.

Imaginez un bataillon de militaires engraissés par confort de la paix, occupés durant des décennies à discuter des armoiries à peindre sur leurs écus, voire même de restructurer le bataillon en conséquence, pendant qu'en douce on leur pille armes, munitions et vivres.
Imaginez le lendemain d'une soirée arrosée où ils constatent qu'un ennemi invisible et sans armes durant des années les a dépossédés et soumis.
Imaginez l'alerte que les chefs endormis se refusent à entendre, trop occupés par la répartition de leurs pouvoirs d'opérettes.
Imaginez les seconds couteaux profitant du désarroi pour désigner comme cause et coupables les officiers, afin de mieux prendre leur place.
Imaginez qu'au milieu du chaos - enfin - certains - enfin - poussés au cul par la réalité d'une déroute imminente - déjà - parviennent - enfin - à retrouver leur raison du devoir : être chef de guerre contre les menaces extérieures, et retrouvent l'urgence d'une cohésion nationale,
Imaginez qu'au moment de l'assaut - enfin - la voix des "acquis sociaux" ordonnent aux soldats de rien n'en faire, mais plutôt de trier sur leurs nouveaux leaders révélés ...

Sincèrement, de ce point de vue là, en quoi faire la grève a-t-il un sens, si ce n'est de s'écraser devant l'ennemi, ennemi pourtant commun à tous gradés, sous-officiers, soldats, cuisiniers et cantinières, libéraux, écolos, chrétiens, socialistes et non alignés ?

Je suis un syndicaliste dans l'âme et me suis en d'autres temps engagé pour le droit au syndicalisme en des milieux réticents, y compris le droit à la grève lorsque intelligente, adaptée, démocratique. Je ne me reconnais pas dans la notion de grève caractérielle, et encore moins lorsqu'elle devient incivique.

La grève de lundi - si elle a lieu (mais qui peut encore arrêter une machine mise en marche) - sera la fin d'un syndicalisme du passé qui - comme ses ennemis d'hier (les patrons) - avec eux s'est assoupi, installé, compromis.
Voyez qui aujourd'hui devient délégué syndical et pour quelles raisons profondes, et comment ? Même si des purs il en existe encore !
Voyez la placidité de directions syndicales condamnées à couvrir des initiatives prises sans elles, et à tenter de les récupérer.
Voyez ces syndicats en déclin, obligés d'encourager la culture du "stop" en coup de gueule pour se refaire des cotisations.

Tout comme devra naître une nouvelle morale économique ... et politique (le nerf du pouvoir étant le fric), devra naître un nouveau syndicalisme.
Un syndicalisme didactique qui explique sans chercher à se mesurer en contre-pouvoir politique.
Un syndicalisme de recherche d'innovation sociales avant que ne s'annoncent le déclin des précédentes.
Un syndicalisme préventif qui suggère des orientations et reconversions pour les travailleurs qu'il assiste.
Un syndicalisme partenaire de la décision pour mieux définir la route d'un même navire.
Un syndicalisme libéré de ce qui relève de la psychothérapie.
Un syndicalisme de négociation intelligente avec les patrons ... et avec ses syndiqués !

Bien autre chose que d'encourager et couvrir les brûleur de palettes, de pneus et autres casseurs de vitrines.

A oui, pour être complet, idem pour les syndicats des patrons ! Maintenant que - comme les autres qu'ils dirigeaient - ils se sont fait entubés par leurs associés de toujours, les financiers devenus sur-financiers de type mafieux !

Après qu'ils ont eu le courage - aussi politique, puisqu'il s'agit de diriger une crise jusqu'à bonne fin, et non plus de plaire - je souhaite à nos dirigeants qui ont osé - là où d'autres bruiteurs se sont désistés pour mieux les dénoncer - d'essuyer la salve dans le dos du 30 janvier sans se retourner.
Puisque sortir des tranchées il faut à tout prix le faire !

Décidément, la lutte finale n'est pas pour demain !

Un Homme de gauche