11/08/2011

crise belge ... et renouveau laïque ?

Ci-dessous ma carte blanche pour le journal de la Fédération des Maisons de la Laïcité paru en octobre 2011. Je ne savais pas en l'écrivant que fut lancé au même moment un "jeu" éducatif citoyen "expli-city" http://www.fdml.be/expli-city, heureuse initiative que mes propos épousent avec enthousiasme.

La situation politique en Belgique ne peut laisser indifférent celui qui tente de vivre en humaniste. D'autant que cette fois-ci la "crise belge" révèle de façon irréfutable des causes qui dépassent la "Politique".


Au lendemain des dernières guerres, horrifiés par les atrocités dont l'humain peut être capable lorsqu'il se laisse "guidé" par un Führer, un Duce ou un Staline, dans la Paix revenue nous nous sommes dorlotés de certitude : un "plus jamais cela" universel.

Enfin nous accédions à un confort de vie et de pensée qui nous permettait de reprendre le combat pour la Libre Pensée, donc contre l'omniprésence de l’Église Puis les choses devenaient plus claires : on pouvait être catholique, protestant ou juif, mais aussi et enfin "laïc". Depuis l’Église a perdu de son autorité morale et les Belges se laïcisent. "LA" laïcité a été reconnue, installée, statutarisée.

Face à une menace plus temporelle que religieuse, les organisations laïques donnèrent l'impression de perdre de leur ardeur. "Bienheureusement" le débarquement de l'Islam en Europe relança la machine. La philosophie laïque d'ouverture à la différence et de tolérance active très vite fit qu'il fallu s'interroger sur le "oui, mais jusqu'où ?" !

La prise de conscience d'une nouvelle menace pour notre société européenne - forte de la Déclaration des droits de l'Homme - dans l'urgence engendra des débats sur l'Islam, la nécessité de constitutionnaliser la Laïcité, ... voire même d'interdire !

"Interdire" !!!! Interdire aux victimes ... à défaut de pouvoir maîtriser ceux qui les manipulent.

Que de (faux ?) débats qui occultent la nécessité première de neutraliser ceux qui menacent le libre arbitre, à savoir : un Vatican en plein repositionnement de ses influences politiques, un Islam décentralisé qui tout au contraire subit de région en village les influences politiques locales qui usurpent le religieux, un Protestantisme miné par le succès de déviances fondamentalistes, une multitude d'organisations de formes religieuse, sectaire, financière, mafieuse, voire de "bien être" au seul dessein d'enrichir et / ou assouvir le besoin de puissance de quelques uns, avec pour technique commune : capter, puis soumettre la Pensée.

La crise dite "politique" belge nous oblige à prendre en compte ce que jusqu'ici nous voulions considérer comme des accidents de parcours, mais pourrait devenir tendance majoritaire. Donc qu'un fonctionnement démocratique jamais n'est acquis, et que tel concept de vie sociale nous oblige chaque matin à tout refaire et à jamais nous installer.

Quand la démocratie ronronne elle n'est plus. Avec pour conséquence que l'électeur oublie l'importance de son vote et, fatigué, lassé, sur-informé donc désinformé, se laisse aller à la facilité du populisme de type bling-bling-academy.

Une fois admis que foi religieuse ou athéisme relèvent de la conscience individuelle, le combat qui doit nous unir est celui de la Liberté contre nos ennemis communs : les dictatures et dictateurs organisés ou épars, affichés ou sournois, à commencer par ceux qui menacent directement notre lieu de vie.

Une mesure qui semble urgente serait d'instruire tous les Belges de toutes origines, traditions et lignées de ce qui existe en Belgique : nos principes de vie sociale, notre système politique, l’État et ses institutions, le "vivre ensemble", les "pourquoi" et les "comment", les Droits de l'Homme et sa pierre philosophale : la démarche humaniste.
La démocratie n'a de force que celle du degré d'instruction de son peuple.

Pour nos enfants : cours de religion et de morale laïque ? Et (ou ?) cours de citoyenneté ?
Réinventons les Écoles pour faire des hommes et femmes capables d'analyser et de discerner.

Et pour leurs parents : formation citoyenne ? Ou rien ?

Peut-être les Maisons de la Laïcité pourraient-elles - pour croyants, agnostiques et athées confondus - développer des formation à la citoyenneté qui rendraient les locataires de notre petit Pays moins perméables aux slogans simplificateurs, plus solidaires par une meilleure compréhension des Droits de l'Homme, et électeurs avertis ne se perdant plus entre fidélité clientéliste, audimat médiatique, ou - pire encore - abandon du droit de vote.

Le vote : cette part du pouvoir accordée à chaque individu qui - associée à celles des autres - peut faire que le plus grand nombre fixe les règles de notre gestion commune, dans le plus grand respect possible de nos différences respectives, aussi lorsqu'elles sont minoritaires.

Oui mais il y a l'Europe ! Oui mais il y a les USA ! Il y a le Monde aussi ! Mais il y a surtout que Démocratie jamais ne viendra d'en haut ni d'ailleurs. La démocratie naît là où il y a dimension humaine : en famille, entre voisins, dans la rue et le village. Et au reste de suivre.
Pour une fois commençons par le bon bout !